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La liberté du Mat

Jean-Marie Lhôte, dans son précieux livret d’accompagnement du Tarot de Marseille de Paul Marteau, édité par Dusserre, mène de nombreuses réflexions pertinentes. Le tarologue professionnel au même titre que l’amateur de tarologie trouvera, ci-dessous, la quintessence de la réflexion de l’auteur sur Le Mat dans le Tarot :

« Le Mat doit-il être rattaché à la famille des lames majeures ou des lames mineures » ? Cette interrogation entraîne vers l’analyse de la structure du jeu ; son organisation interne. Pourquoi ces nombres 21 et 56 ? Sont-ils arbitraires ou voulus ? Portent-ils en eux-mêmes une signification ou furent-ils choisis par l’architecture du jeu en fonction de ses propres désirs ?

Il faut remonter loin en arrière pour tenter une réponse. A l’époque où les premiers hommes ont commencé à jouer avec des coquilles en tirant à pile ou face ou en consultant les sorts. Vinrent ensuite les osselets. Au lieu de deux côtés comme dans les coquillages, cette fois il y en a quatre, faciles à distinguer les uns des autres. Les anciens grecs considéraient les osselets avec une attention si grave qu’ils prirent le soin de donner des noms à chaque face et aussi aux principaux coups. Le côté plan valait 1 et se nommait Chien, le côté opposé, sinueux se nommait Coos. Chien et Coos évoquaient des sentiments définis. Le premier : le mépris ; le second : l’estime.

Dès l’origine, il semble bien que ces objets aient été chargés d’une valeur symbolique, et que l’on ne sait trop si l’osselet fut un instrument magique avant d’être un jeu. Les combinaisons qu’il était possible d’obtenir avec quatre osselets différents, s’appelaient par exemple : Aphrodite, Euripide, La Vieille dame, L’Ephèbe, Le Gymnasiarque, L’Arche, Vénus, Le Coup royal… Nous ne sommes pas loin de l’esprit qui règne dans la dénomination des lames majeures du Tarot.

Et puis voici les dés. Cette fois, au lieu de quatre faces en voici six repérées par des points. Le petit curieux va se demander si les points observés dans les cartouches des noms des lames majeures ne sont pas des résurgences de ces points marqués sur les dés.

Hypothèse amusante : que ceux qui ont la curiosité de compter les points en question, sur le Tarot de 1930 et sur celui de Jean Dodal en cherchant les relations avec les dés s’y emploient. En tout cas, une fois retombés au sol après avoir été jetés en l’air, le nombre des combinaisons différentes avec deux dés est 21, et avec trois dés, 56. La coïncidence ne peut être due au hasard. Il existe une relation organique entre les nombres 21 et 56, et cette relation fonde l’architecture du jeu de Tarot.

A partir de là, il est possible de penser à la situation du Mat. De très nombreux auteurs et non des moindres, puisque Paul Marteau est de ceux-là, placent le Mat avec l’ensemble des lames majeures. Ils comptent 22 lames majeures. C’est le cas également d’un autre maître éminent, Oswald Wirth, de même pour Court de Gébelin.

Nous ne suivons pas ces leçons illustres, pour plusieurs raisons.

La première est que le Mat ou le Fou, ou LE FOL du jeu de Jean Dodal (Lyon – circa 1710) survit de nos jours sous le nom de joker dans les jeux de cartes courants et a donc rejoint dans les faits la famille des lames mineures.

La seconde raison réside dans les descriptions d’origine concernant les règles du jeu elles-mêmes qui laissent le champ libre : la première règle connue datée de 1637 parle de 22 triomphes, la seconde qui lui est contemporaine dit expressément que « les triomphes sont vingt et une cartes ».

La troisième raison tient au graphisme : dans certains jeux anciens l’encadrement et le cartouche de cette lame sont proches de ceux des honneurs, plus que des encadrements des lames majeures.

La quatrième raison tient à ce que le Mat semble appartenir d’avantage à la famille des humains, caractérisée par les lames mineures, qu’à l’univers décrit par les lames majeures qui offrent une représentation du monde lui-même… En plus, il n’est jamais inutile de s’opposer aux idées reçues, avec modestie et humour.

Nota : ce débat montre la liberté avec laquelle il est indispensable d’aborder le jeu de Tarot. C’est à la fois « à chacun sa vérité » et « le respect est un savoir« . Il est nécessaire de concilier les deux.

Laurent EDOUARD

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