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Comment travailler avec le tarot

Le tarot se regarde, se contemple, se vit, s’expérimente. D’abord au niveau de l’œil. Percevez-le comme il est, pas comme vous croyez qu’il est, pas comme on vous dit qu’il est, pas comme vous voudriez qu’il soit. Pour cela observez et notez tous les détails dans un gros cahier au fur et à mesure. Quinze ans après, vous en découvrirez encore de nouveaux. Il faut l’intégrer en le mémorisant complètement.

Ne dites jamais : « Oh ! il y a une erreur de trait », c’est l’excuse des vaniteux et des paresseux. Voyez chaque chose à la place où elle est ; si cela gêne vos idées préconçues, changez vos idées, car c’est le tarot qui a raison.

Physiquement, chaque carte offre l’attitude d’un ou plusieurs personnages. Prenez-la, revêtez-la le plus exactement possible. Observez ce qui arrive comme images intérieures pendant ce temps, si une sensation cénesthésique se produit ou une réaction physiologique, jusqu’au frisson ou la nausée.

Lorsqu’un mouvement est indiqué, évaluez-le dans vos muscles, votre squelette. Copiez-le, mimez-le, sentez où se trouvent les énergies du corps et comment elles se déplacent. (Exemple : les bras de Tempérance, la tête du Mat, la main droite de La Justice).

Accordez un intérêt particulier à la façon dont les personnages sont sexués, c’est-à-dire à leur polarité extérieurement manifestée (abusivement comme Le Diable, ou approximativement comme les deux individus qui sourient bêtement – ou béatement – sous lui ; ou imprécisément comme Tempérance, ou bizarrement comme La Force).

Sentez où le centre du corps se situe. Asseyez-vous comme L’Impératrice ou comme L’Empereur, comme La Papesse et La Justice et estimez la différence.

Ne laissez passer aucun détail. Consacrez une tranche de travail à comparer chez les personnages les yeux (taille, direction du regard, expression), une autre à comparer les pieds (couleurs, emplacement par rapport au corps, par rapport au sol, forme, chaussure…), une autre les mains (…la main droite du Mat, la main droite de L’Hermite à laquelle il manque un doigt, lequel ?, la main droite de L’Impératrice…), une autre les objets (le sceptre de L’Empereur et celui de L’Impératrice, la trompette (?) du Jugement, la corde qui attache (?) Le Pendu, la table sans fin du Bateleur, la faux dont le manche a une section carrée, de L’arcane XIII, les couronnes des rois et des reines des Honneurs dans les arcanes mineurs).

Trouvez quels arcanes majeurs, mis dans un certain ordre, forment un panorama continu, et le sens de ce panorama. Quels sont les deux détails communs à La Maison Dieu et au Soleil ? Etc.

Surtout, n’omettez pas les arcanes mineurs, dont quelques étourdis professent qu’ils sont postiches et inutiles : la reine de Deniers vous aidera peut-être à saisir le vrai sens de l’arcane VI (profitez en pour regarder de près l’arc sans corde… du personnage en haut de la carte…) les chevaux – caparaçonnés ou non – des cavaliers, les insignes des rois, les jupes ou les chevelures des reines, leurs trônes, la physionomie des valets, ont une raison d’être comme ils sont.

A vous de trouver : on trouve en mémorisant chaque détail. Pourquoi les lames paires de la suite des Epées ne portent-elles pas d’épées mais des fleurs ? Observez la couleur des tiges et si elles sont coupées ou non ? Où prennent-elles leur origine ?

Suivez la transformation de ces plantes : quel élément croît, quel élément décroît ? Quelles sont les couleurs ? Où sont les feuilles (respiration) et les fleurs (production) ?

Le symbolisme du tarot a la simplicité de la nature : rouge comme le sang, jaune comme le soleil ou l’or alchimique, bleu comme les profondeurs de l’eau, vert comme la pousse au printemps, blanc comme la pureté ou l’absence de couleur, noir comme le tchernoziom (fertile) ou l’obscurité des lieux où le regard ne pénètre pas, chair comme ce qui constitue le tissu extérieur de l’homme.

Tchalaï
Paru dans “Question de” n°30
mai-juin 1979

Laurent EDOUARD

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