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Voir et regarder (le tarot de Marseille)…

Régulièrement, je reçois des demandes de curieux et/ou de passionnés, qui souhaitent apprendre à lire le tarot de Marseille. Mon premier réflexe est toujours le même : j’invite ces visiteurs à jeter un œil à mon point de vue sur les professeurs de tarot. Cette opinion date de l’époque déjà lointaine de mon travail avec Tchalaï UNGER. Un travail rigoureux, long, difficile, mais tellement enrichissant ! Elle disait que le Tarot est une école du regard objectif. Il permet de voir les choses telles qu’elles sont, en dehors de toutes projections personnelles, fruits de notre échelle de valeurs et de notre ego. Les quelques lignes qui suivent sont issues de la Notice 1981 qui accompagnait le jeu de Paul Marteau, édité chez Grimaud, et que vous trouverez dans les boutiques spécialisées sous le nom d’Ancien Tarot de Marseille. Une appellation contestable, mais passons… ce n’est pas mon propos aujourd’hui. Bonne lecture !

Laurent ÉDOUARD

Tarot de Jean NOBLET (1650 - Paris)

Tarot de Jean NOBLET (1650 - Paris)

« Le Tarot se regarde, se contemple, se vit, s’expérimente. D’abord par l’œil. (Les personnages du Tarot ont tous les oreilles couvertes sauf l’Ange (?) de l’Arcane XX qui a des oreilles-ailes, mais ils ont tous des yeux _ y compris les aveugles…)
Percevez-le comme il est. Pas comme vous croyez qu’il est. Pas comme on vous dit qu’il est, pas comme vous voudriez qu’il soit. Ne donnez aucun nom à l’Arcane XIII, ni un chiffre étourdi au Mat, ne nommez pas celui-ci le Fou, sachez appeler Tempérance par son nom car ce n’est pas LA Tempérance, et la Roue de Fortune (comme une roue de remplacement) n’est pas la Roue de LA Fortune (ni de la gloire). Lisez !… le délire, plus tard.

Remarquez tous ces détails. Exemple = le bonnet ou bourrelet ou tortillon (cherchez ces mots dans le dictionnaire) de la Reyne de Coupe porte une couronne agrémentée d’un demi-cercle ROUGE QUI MARQUE LE MILIEU DU BONNET MAIS PAS LE MILIEU DE LA COURONNE. Ce demi-cercle rouge semble déterminer une zone lumineuse sur le bandeau jaune de la couronne. Cette zone montre 6 gros points plus ou moins réguliers et, à gauche, un losange ou un rhombe. Le losange vous rappelle la Héraldique (il représente un meuble de l’écu, le fer de lance), etc. Elle a dans sa jupe une sorte de V majuscule (partie rouge) et un signe bleu analogue à celui qu’on trouve dans la culotte du Mat, en forme de flamme (partie rouge de la jupe). Plus tard, tous ces détails se grouperont pour vous fournir le « modèle de base » ou « l’empreinte énergétique » de la carte. Cette notion aura une importance fondamentale dans notre travail.

En attendant, enregistrez : représentez-vous la carte les yeux fermés. Jouez avec elle au jeu de Kim.
Procédez en « tirs croisés », chassez tel type de détail dans toutes les cartes (ex. : qu’est-ce qui est humain, animal, végétal, minéral ?), à fond. Il n’y a jamais d’erreur de trait : c’est notre hypothèse de départ. Voyez chaque chose à la place où elle est. Si cela gêne vos idées préconçues (« l’Ermite est un sage qui cherche son chemin prudemment dans l’obscurité ») changez les idées car le Tarot ne changera pas (l’Hermite est un homme soucieux muni d’une lanterne sourde, ne s’appuyant pas sur ce qui n’est pas un bâton, et pourtant regardez bien sa main droite dans tous les sens, elle vous révèle que le personnage est arrêté par un « alibi » qu’il se donne).

D’autres groupes de détails : Examinez chaque personnage « dans » ses pieds. Où sont-ils posés ? (la Force les a au-dessus du sol, les chevaux planent sauf celui du Cavalier de Deniers). Combien en voit-on ? Sont-ils symétriques ? (Roi de Bâton). Sont-ils entiers ? (Roi d ‘Epée). Quelle position ont-ils ? (tournez les pages, ou plutôt les Valets, d’Epée et Deniers, vous vous apercevrez qu’on ne peut déterminer si on voit leurs jambes et pieds de face ou de dos). La taille des pieds ? La couleur des chaussures ? Le rapport pieds /sol ? (bien posé ou non). Quelles chaussures ? Considérez les pieds des Cavaliers et les paysages mouvementés où ils se trouvent : les escarpins « ballerines » des Cavaliers conviennent-ils pour mettre pied à terre dans ces conditions ? (ils ne peuvent pas descendre de leur monture…). Et dans les pieds de l’Empereur qui semblent dans un « starting-block », prêts à s’élancer…

Où est le point d’appui du corps ? Où est la force du corps ? Mimez le mouvement du personnage, évaluez-le : asseyez-vous comme la Papesse, l’Impératrice, la Justice, les Rois (quelle différence ?). Sentez où se trouvent les énergies du corps et comment elles se déplacent. (les bras de Tempérance : mouvement parabolique ou mouvement d’accordéon ? Dans ce cas le fluide blanc est maintenu entre / dans les vases et non versé de l’un dans l’autre). Regardez la tête du Mat qui semble posée de travers sur le corps sans cou. Sa main gauche paraît au-dessus de l’épaule droite et tient un bâton (qui se termine en cuiller) et qui passe en travers du haut du dos pour aboutir à l’épaule gauche (est-il disloqué ?). Admirez la main droite de la Justice, chef-d’œuvre d’équilibre : seul le pouce opposable maintient droite l’épée, parce que le bas de son pommeau est maintenu sur le côté par une sorte de taquet doré. Comment tombe l’épée si on bouge le pouce ? Quelle est le nom de cette position lorsque l’on fait de l’escrime au sabre ? Renseignez-vous.

Portez une attention particulière au paysage. Est-il rempli ou non ? Quelle est l’écologie de ce paysage ? Quelle végétation ? (la fosse verte de l’Arcane XX est-elle naturelle, ou de main d’homme ? ). Quelle est l’importance de la végétation ? (Luxuriante comme l’Etoile ? Blanche dès qu’il l’a dépassée, comme le Mat ? Absente comme dans le Soleil ? ). Le paysage de chair sous les pieds du Valet de Deniers vous semble-t-il dessiner un corps couché de profil ? »

Tchalaï UNGER

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