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Religion et Tarot !

Le véritable Mal est fait des mécanismes inhibiteurs propres à une église et à une société qui ne voient pas les pans obscurs qu’elles portent en elles. Une société qui, sous prétexte de péché, interdit la pilule aux pays du Tiers-Monde alors que la surpopulation est un des problèmes les plus aigus de l’humanité. Ou bien encore une société qui maintient la paix les armes à la main et qui va jusqu’à déclarer – apothéose du chaos intérieur vécu à couvert – que la guerre est juste. Le Mal n’est pas le contraire du Bien. C’est un aspect du Bien lui-même, une face que nous avons séparée du Bien pour que l’autre face puisse continuer à exister en tant que Bien.

La religion est aussi une fenêtre par laquelle notre conscience regarde le monde. La forme que prend notre religiosité est toujours l’expression de la conception que nous avons du monde ou, plus précisément, de l’image que les modèles des désirs collectifs nous en renvoient, et qui sont autant de réceptacles religieux de nos propres désirs individuels. La religion n’est donc pas tombée du ciel. Elle est faite aussi par les hommes et elle est une réaction aux questions existentielles basées sur le fait que l’être humain ne trouve pas la paix en lui-même, ni ne peut s’accomplir dans la poursuite des buts de ce monde. Il ne peut cependant pas être de l’intérêt des religions d’apporter une véritable réponse à ces questions en délivrant ainsi l’âme de ses tourments. Car enfin il ne viendrait guère à l’idée d’un homme apaisé et serein de financer « des projets modèles d’accomplissement de l’être » qui ne feraient que l’aliéner. C’est pourquoi les représentants de la religion doivent coûte que coûte essayer d’empêcher que l’âme ne surmonte sa propre limitation. Ils iraient même jusqu’à préférer voir l’homme invoquer le Diable plutôt que de l’autoriser à trouver l’accomplissement de son existence en dehors de leurs dogmes. C’est sous cet aspect qu’il convient de voir les prises de positions et les propos de la religion concernant la rédemption de l’être humain.

Pendant des siècles on a répété aux hommes, dès leur plus tendre enfance, que Dieu et le Diable se disputaient l’âme humaine et que l’unique sens de la vie était de ne pas devenir soi-même la proie du mal.

Mais comme ce n’était pas suffisant pour surmonter le Mal, on l’institutionnalisa sous le masque du Bien. On put ainsi, au nom de Dieu, détruire sans vergogne tout ce qui pouvait être revêtu du manteau du Mal. La destruction du « Mal » se mua en « Bien », devint l’assouvissement révélateur des instincts inhibés de l’homme. Ce dernier, de ce fait, ne fit plus l’expérience d’aucun de ses sens et détruisit avec jouissance tout ce qui ne se pliait pas au joug de la « rédemption ».

Autant l’intérêt de la religion était précisément de ne pas libérer les hommes, autant elle s’appliquait à récupérer les désirs irrationnels pour les canaliser sous forme de modèles de société ( »Prie et Travaille« ). Car si l’homme avait reconnu en ce qu’il tenait pour Dieu non pas Dieu mais son propre désir d’assouvissement (qui se présente à lui comme étant Dieu et qu’il perçoit selon sa propre image), il n’aurait guère accepté de se laisser utiliser pour satisfaire les ambitions sociales des puissants, c’est-à-dire de ceux qui savent fort bien accorder leur domination avec le Dieu collectivement autorisé. Et inversement : l’homme n’aurait pu assouvir son désir naïf en l’associant si légèrement à ses objectifs en matière de promotion sociale !

A l’opposé, le Tarot de Marseille propose un enseignement par l’image, totalement adogmatique. C’est en cela que l’on peut dire que « le tarot libère alors que la voyance enferme« . La voyance fige les évènements et les impose au consultant qui se voit confronté à une fatalité. Elle l’empêche d’imaginer l’avenir et de le créer. Il ne faut pas croire que l’homme moderne s’est libéré de la fatalité suspendue sur les hommes depuis des millénaires. Au contraire, le destin continue à peser sur la culture moderne. Quand la vie cesse de vous intéresser, vous devenez vulnérable. Si vous ajoutez le piment de l’incertitude à votre existence, vous ne choisirez pas la mythique dépression nerveuse.

Restons libres et libérés !

Laurent EDOUARD

Illustration : LE DIABLE D’Aleister Crowley

Tiré et adapté de « Baphomet, Tarot du monde des ténèbres » – Akron/H.R. Giger

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